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La puissance du verbe européen de la Sorbonne

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La puissance du verbe européen de la Sorbonne

Le discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe prononcé à la Sorbonne s’inscrit dans une série de discours visant à remettre la construction européenne à l’honneur tant dans le débat politique national que dans l’agenda européen. Cette série de discours avait commencé en septembre 2016 à Lyon dans le cadre d’une rencontre organisée par les Gracques et l’Institut Montaigne et où celui qui n’était pas encore officiellement candidat à la présidence de la République (il le sera le 16 novembre 2017) appelle déjà à une renaissance de l’idée européenne. Quelques mois plus tard, en janvier 2017, c’est à Berlin et en anglais, que le candidat Macron tend la main à l’Allemagne. Ces deux premiers discours étaient réservés à la France et à la Françallemagne. Le vrai premier discours européen qui s’adresse à l’Europe tout entière est donc le discours de la colline de la Pnyx, du 7 septembre dernier. Un discours qui accuse l’Europe d’être responsable des maux qui l’accablent et qui appelle donc un nouvel agenda européen présenté dans le discours de la Sorbonne.

Mais arrêtons-nous encore un instant sur cette Europe du verbe du candidat puis président Macron pour en souligner la force. Par son discours de vérité passionné sur l’Europe Emmanuel Macron a complètement changé la donne politique en France comme en Europe. Le changement a été si rapide et si complet qu’il n’est pas inutile de rappeler qu’il y un an de cela l’Europe était encore un sujet tabou ou un sujet de pure lamentation. Macron par la puissance de son verbe a su remettre l’Europe en marche. Certes le sommet de Bratislava avait tenté d’initier une série de sommets pour trouver une réponse à une Europe qui se délitait, mais on attendait encore. Alors que le sommet de Tallinn au lendemain du discours du Président Macron a pu déjà rebondir sur la dynamique que le président français a su créer.

Autre point majeur à bien sûr souligner, l’Europe n’est plus orpheline de la France. Ce qu’elle avait été depuis 1995, soit 22 ans d’absence française. Triste trahison à laquelle le jeune président français met fin. Et ce n’est pas faire preuve d’angélisme franco-français que de constater que l’Europe a un besoin fou de la France, de sa vision, de ses audaces, de son ambition. Il était temps de reprendre notre mission européenne. Emmanuel Macron rend à la France son destin européen et le fait brillamment. Un grand merci.

Le discours de la Sorbonne était un discours attendu parce qu’annoncé depuis longtemps, depuis la campagne présidentielle. Macron a toujours dit qu’il ferait immédiatement après son élection la réforme de la loi du travail, pour montrer à l’Allemagne sa capacité à réformer la France sur des sujets socialement difficiles, pour gagner en crédibilité avant de lancer un ambitieux agenda européen en automne. Ainsi dit ainsi fait. Je ne vais pas énumérer ici toutes les initiatives que Macron souhaite voir l’Europe prendre, nous nous sommes livrés à cet exercice dans un billet précèdent. Contentons-nous de constater que Macron souhaite une structure européenne pour adresser chacune des grandes questions du moment. La logique est excellente, l’intention conséquente, mais on ne peut pas s’empêcher d’être saisi de vertige face à la liste à la Prévert de toutes ces nouvelles agences européennes à venir. Et la liste est si longue que l’on a dans ce discours de la Sorbonne qu’une simple énumération sans pouvoir rentrer réellement dans aucun détail. En fait seul l’esprit importe à ce stade. La discussion est lancée, soyons certains qu’elle sera rigoureusement suivie. Contentons-nous pour l’instant d’en louer la logique et d’en approuver tant l’esprit que la dynamique.

Par contre sur la zone euro, là où on attendait le plus le Président français, on reste pour dire la vérité complètement sur sa faim. L’articulation est ici à peine audible. Est-ce dû au fait que, mauvaise surprise à la veille du discours, le départ surprise du SPD de la coalition en Allemagne laisse Angela Merkel devant un FDP ressenti comme relativement eurosceptique ? Y a-t-il eu une version plus audacieuse et plus précise de ce discours et qui aurait été tristement mutilée pour ne pas gêner la Chancelière dans ses négociations de formation d’une nouvelle coalition gouvernementale ? J’avoue que j’en serais étonné. Ou bien est-ce du fait que le sujet est tellement complexe et important que l’on devra sur ce sujet attendre un discours spécifique ? Il n’en reste pas moins que le passage sur la zone euro est bien trop léger, pour ne pas dire mauvais. Rien de nouveau, on évoque un Ministre responsable devant le Parlement, un budget, mais pour faire quoi ? le faire comment ? et sous quel contrôle précisément ? On n’est pas plus avancé qu’avant ce discours pourtant très attendu justement sur ces questions-là.
On aurait aimé entendre Emmanuel Macron évoquer quelques chantiers incontournables de la zone Euro, l’achèvement d’une union bancaire qui reste à peine ébauchée, l’Union des Marchés des Capitaux qui reste à inventer, la nécessaire évolution de la réglementation sur l’exposition des banques européennes à des dettes nationales qui ne cessent de croître, la nécessaire harmonisation de la réglementation sur les fintech. Et là, grande déception, on n’a rien eu sur ces sujets, et ce alors que l’augmentation des taux d’intérêt va replonger la zone euro dans des questions particulièrement difficiles. Une opportunité manquée pour notre jeune Président, ou bien, espérons, remise à plus tard.

On aurait aussi été en droit d’entendre une réponse plus précise aux questions posées avec beaucoup de pertinence sur la colline de la Pnyx. Or là aussi grand silence, mais au moins sait-on qu’Emmanuel Macron prononcera en octobre ou novembre un discours devant le Parlement européen et qui portera justement sur la démocratisation du débat européen. Inutile de dire que j’attends ce discours avec une réelle impatience doublée, je l’avoue, d’une certaine gourmandise.

Pour finir, je me permettrai un petit coup de canif sur une phrase que j’ai jugée très maladroite. Dans son discours Emmanuel Macron a ouvert la perspective d’un élargissement de l’Union Européenne aux pays des Balkans, afin, dit-il, que ces pays ne tombent pas sous l’influence de l’autoritarisme russe ou turc. Même si je suis un défenseur de l’Europe Puissance, je trouve la formule malencontreuse. L’UE ne se fait pas contre la Russie ou contre la Turquie. Je ne souhaite pas l’adhésion de la Serbie, de la Bosnie ou du Kosovo à l’UE pour les soustraire à des influences externes, ou pour nier des aspects de leur identité. On se doit de souhaiter leurs adhésions car ils font pleinement partie de la famille européenne, et donc dès lors qu’ils le souhaitent et qu’ils remplissent les critères tant économiques que politiques je me réjouis de les voir entrer dans l’UE. Mais ne répétons pas l’erreur catastrophique que nous avons faite avec l’Ukraine, ou nous avons forcé l’Ukraine de choisir son camp entre l’UE et la Russie. L’Ukraine, comme la Serbie, ne peut trouver son équilibre qu’en harmonie avec sa culture et sa situation géographique. On doit trouver une solution pour ces pays, sans rien ne céder ni sur nos valeurs démocratiques ni sur la souveraineté inaliénable de ces états, mais en ne faisant pas de leur intégration européenne une défaite russe ou turque. Cela ne serait pas leur rendre service, et cela n’aiderait en rien l’idée européenne. Là aussi l’Union doit savoir se faire dans la diversité.

Il n’en reste pas moins qu’Emmanuel Macron a livré à la Sorbonne un discours d’une portée historique. Ce discours redonne à la France le rôle et la responsabilité qui lui appartiennent dans la dynamique de la construction européenne. Il le fait à un moment où on en a le plus grand besoin. Ce qui explique l’accueil extrêmement positif trouvé partout en Europe, et même dans la bouche de Christian Lindner, le président du FDP, perçu comme eurosceptique et qui a pourtant qualifié ce discours de cadeau de Dieu. Cela ne signifie pas que les jeux soient faits, il nous faut accompagner cette nouvelle dynamique avec détermination et grande vigilance, constamment tirer vers le haut le débat pour obtenir le plus d’avancées possibles de cette nouvelle phase de la construction européenne qui ne durera pas éternellement, et s’attendre à bien des batailles pour que ces excellents discours prennent une réalité capable de vraiment changer la donne en Europe.

Merci infiniment à notre Président de rester sur cette lancée européenne. Quel bonheur de vivre ces instants. Aidons-le, au travail

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